Oubliés pendant trois siècles derrière un mur, les tombeaux saadiens ressurgissent en 1917 comme un trésor intact. Cette nécropole royale, redécouverte par hasard, révèle aujourd’hui l’un des plus beaux exemples de l’art décoratif marocain du XVIe siècle.
Une dynastie au sommet de sa puissance
La dynastie saadienne règne sur le Maroc de 1549 à 1659, avec pour capitale Marrakech. Sous Ahmed al-Mansour (1578-1603), surnommé « le Doré », le royaume connaît un âge d’or exceptionnel grâce au contrôle des routes commerciales vers l’Afrique subsaharienne et à l’or du Soudan.
Al-Mansour fait construire cette nécropole vers 1590 pour abriter les sépultures de sa famille et de ses prédécesseurs. Les plus grands artisans de l’époque créent un ensemble architectural somptueux, témoignage de la richesse et du raffinement de cette période.
À la chute des Saadiens en 1659, le sultan alaouite Moulay Ismaïl fait détruire leurs palais mais épargne les tombeaux par respect religieux. Il ordonne cependant de murer l’entrée, condamnant le site à l’oubli total.
Redécouverte et restauration miraculeuse
En 1917, les services topographiques français du Protectorat découvrent fortuitement les tombeaux lors de travaux de cartographie aérienne. L’architecte Maurice Tranchant de Lunel entreprend alors une restauration minutieuse qui durera plusieurs années.
Cette redécouverte révèle un état de conservation exceptionnel. Protégés par leur isolement, les décors de marbre, les stucs dorés et les plafonds de cèdre sculpté ont traversé les siècles quasiment intacts. Les travaux de restauration respectent scrupuleusement les techniques originales, faisant appel aux derniers artisans maîtrisant ces savoir-faire ancestraux.
Depuis 1922, le site est ouvert au public et classé monument historique, devenant l’une des visites incontournables de Marrakech.
Splendeurs architecturales préservées
Le complexe funéraire se compose de trois salles principales entourées de jardins paisibles. La salle des Douze Colonnes, où repose Ahmed al-Mansour, éblouit par ses colonnes de marbre italien et son plafond de cèdre d’une finesse extraordinaire.
La salle des Trois Niches présente des murs de tadelakt blanc ornés de calligraphies dorées, créant une atmosphère de recueillement. Les tombes de marbre blanc portent des épitaphes gravées en caractères arabes élégants.
Les jardins, replantés selon les plans d’origine, offrent un cadre serein avec leurs cyprès, orangers et rosiers. Cette végétation soigneusement entretenue recrée l’ambiance d’un paradis terrestre conforme à la tradition islamique.
Aujourd’hui, les tombeaux saadiens permettent de comprendre l’art décoratif marocain à son apogée et témoignent d’une époque où Marrakech rayonnait sur tout le Maghreb.




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