Son minaret s’élève à 77 mètres au-dessus de la médina, visible à des kilomètres à la ronde. La mosquée Koutoubia, emblème incontesté de Marrakech, guide depuis neuf siècles les pas des fidèles et des voyageurs. Ce chef-d’œuvre de l’art almohade donne le ton architectural à toute la ville et reste le modèle de référence des mosquées du Maghreb occidental.
Chef-d’œuvre de l’architecture almohade
La construction de la Koutoubia débute vers 1150 sous le règne du calife almohade Abd al-Mumin, qui fait de Marrakech sa capitale. Le projet s’inscrit dans une politique de grands travaux destinée à affirmer la puissance de cette nouvelle dynastie berbère face aux Almoravides qu’elle vient de renverser.
Une première mosquée est édifiée puis entièrement reconstruite vers 1158 pour corriger l’orientation de la qibla vers La Mecque. Cette seconde version, celle que nous admirons aujourd’hui, mobilise les meilleurs architectes et artisans de l’empire almohade. Le minaret, achevé vers 1195 sous Yacoub al-Mansour, devient immédiatement le modèle de la Giralda de Séville et de la tour Hassan de Rabat.
Le nom « Koutoubia » dérive du mot arabe « koutoub » signifiant livres, référence au marché des libraires et copistes qui s’installait autrefois à proximité de la mosquée. Cette activité intellectuelle témoigne du rayonnement culturel de Marrakech à l’époque almohade.
Cœur spirituel et symbole de la cité
La Koutoubia occupe une place centrale dans la vie religieuse marrakchie. Ses cinq appels quotidiens à la prière, lancés depuis le sommet du minaret, donnent le signal à toutes les mosquées de la ville. Cette fonction de mosquée-mère fait d’elle le référent spirituel de la communauté urbaine.
L’édifice symbolise également l’unité de l’oumma, la communauté des croyants. Sa vaste salle de prière peut accueillir plus de 20 000 fidèles, particulièrement lors des grandes célébrations religieuses comme l’Aïd ou les prières du vendredi. Ces rassemblements exceptionnels transforment l’esplanade environnante en un immense tapis de prière à ciel ouvert.
La dimension mystique de la Koutoubia s’exprime aussi par la vénération populaire dont jouit le lieu. De nombreux Marrakchis viennent y chercher la baraka, cette bénédiction divine, et accomplir leurs vœux les plus chers dans ce sanctuaire chargé d’histoire.
Architecture et jardins d’exception
L’approche de la Koutoubia révèle d’abord son minaret exceptionnel, parfait exemple de l’art décoratif almohade. Ses faces ornées de motifs géométriques en relief, ses fenêtres géminées et ses arcs polylobés créent un jeu d’ombres et de lumières qui varie selon les heures du jour. La structure interne, constituée d’une rampe en spirale, permettait autrefois au muezzin de gravir les étages à dos d’âne.
La mosquée elle-même, interdite aux non-musulmans, présente un plan classique à nefs perpendiculaires à la qibla. Sa façade sobre contraste avec la richesse ornementale du minaret, illustrant l’esthétique almohade qui privilégie la pureté des lignes et la noblesse des proportions.
Les jardins de la Koutoubia, aménagés dans les années 1990, offrent un écrin de verdure à ce monument historique. Orangers, palmiers et rosiers créent un paysage olfactif enchanteur, particulièrement au printemps quand les fleurs d’oranger embaument l’atmosphère. Ces espaces verts permettent aux visiteurs de contempler l’édifice sous tous ses angles tout en profitant de l’ombre bienfaisante des grands arbres.
Le soir venu, l’illumination dorée du minaret transforme la Koutoubia en phare urbain, rappelant son rôle de guide spirituel et architectural. Cette mise en lumière respectueuse révèle la beauté de la pierre ocre et fait de ce monument l’image la plus photographiée de Marrakech.



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