Le palais Bahia s’étend sur huit hectares au cœur de la médina, témoignage grandiose de l’art de vivre aristocratique du XIXe siècle. Ce complexe palatial, l’un des plus vastes du Maroc, révèle l’évolution de l’architecture résidentielle marocaine et les ambitions des grandes familles qui ont marqué l’histoire du royaume. Ses jardins, ses patios et ses salons d’apparat illustrent le raffinement d’une époque où Marrakech retrouvait son prestige de capitale.
Construction d’un rêve architectural
La construction du palais Bahia débute vers 1860 sous l’impulsion de Si Moussa, grand vizir du sultan Hassan Ier. Ce personnage influent, originaire d’une famille d’esclaves affranchis, accumule une fortune considérable grâce à sa position politique et entreprend de bâtir une résidence digne de son rang social.
L’extension majeure du palais intervient sous son fils, Ba Ahmed, qui devient à son tour grand vizir et régent du royaume sous le jeune sultan Abdelaziz. Entre 1894 et 1900, Ba Ahmed fait doubler la superficie du palais, ajoutant de nouveaux appartements, jardins et dépendances. Cette période correspond à l’apogée du complexe, employant plus de mille artisans venus de Fès, Tétouan et Meknès.
Le nom « Bahia », signifiant « la Brillante », rend hommage à l’épouse préférée de Ba Ahmed. Cette dédicace amoureuse transforme l’architecture en déclaration sentimentale, chaque décor rivalisant de beauté pour honorer la dame de cœur du vizir. À la mort de Ba Ahmed en 1900, le palais est confisqué par le Makhzen et devient résidence occasionnelle des sultans avant d’être transformé en musée.
Microcosme de la société marocaine traditionnelle
Le palais Bahia illustre parfaitement l’organisation sociale de l’élite marocaine au tournant du XXe siècle. Sa conception architecturale reflète la structure familiale complexe de Ba Ahmed, qui épouse quatre femmes légitimes et entretient de nombreuses concubines selon les préceptes islamiques et les traditions aristocratiques de l’époque.
L’organisation spatiale respecte scrupuleusement les codes de l’intimité familiale. Les appartements des épouses officielles occupent les espaces les plus prestigieux, ornés des décors les plus raffinés. Les concubines disposent de logements plus modestes mais néanmoins confortables, tandis que les serviteurs et eunuques habitent des quartiers fonctionnels adjacents.
Cette hiérarchisation sociale se lit dans les matériaux employés et la richesse décorative de chaque espace. Les salons d’apparat, destinés aux réceptions officielles, mobilisent les techniques artisanales les plus sophistiquées : marbres précieux, zelliges polychromes, stucs dorés et plafonds peints. Cette ostentation décorative affirme le rang social du propriétaire et impressionne les visiteurs de marque.
Architecture d’un art de vivre raffiné
La visite du palais révèle une succession d’espaces aux ambiances contrastées, chacun conçu pour une fonction spécifique. Le grand riad, cour d’honneur de 1500 m², impressionne par ses dimensions exceptionnelles et ses galeries à colonnes de marbre. Ce patio, planté d’orangers et de cyprès, constitue le théâtre des réceptions officielles et des fêtes familiales.
Les appartements privés s’organisent autour de patios plus intimes, créant des microclimats adaptés aux différentes saisons. Les salons d’hiver, orientés au sud, captent la chaleur solaire, tandis que les pièces d’été, situées au nord, préservent la fraîcheur. Cette conception bioclimatique témoigne de la maîtrise architecturale des constructeurs marocains.
Les techniques décoratives atteignent leur perfection dans les salons de réception. Les zelliges, ces petites tesselles de faïence émaillée, composent des motifs géométriques d’une complexité extraordinaire. Les stucs sculptés transforment les murs en dentelles de plâtre, tandis que les plafonds de cèdre peint créent des ciels artificiels aux couleurs chatoyantes.
Les travaux de restauration, régulièrement nécessaires pour préserver ce patrimoine fragile, révèlent parfois aux visiteurs l’envers du décor architectural. Ces chantiers, loin d’altérer la magie du lieu, permettent de comprendre les techniques artisanales traditionnelles et l’ampleur des défis de conservation. Cette dimension vivante du palais rappelle que ce chef-d’œuvre architectural nécessite un entretien constant pour perpétuer sa splendeur à travers les siècles.









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