Fréquenté par des millions de visiteurs, le Jardin Majorelle est souvent perçu comme un simple jardin luxuriant. En vérité, il s’agit d’un domaine complexe : plusieurs bâtiments, jardins et musées coexistent, chacun avec sa propre histoire, sa fonction et des modalités d’accès spécifiques.
Jacques Majorelle (1886‑1962) : créateur visionnaire
Jacques Majorelle acquiert en 1923 un terrain dans la palmeraie de Marrakech, où il fait construire la Villa Bou Saf Saf et aménage un jardin privé (quatre bassins, verger d’agrumes). En 1931‑32, il fait édifier sur un terrain contigu un atelier de style Art déco, composé d’un studio et d’un logement. Il peint ce bâtiment du bleu Majorelle en 1937 et crée autour un jardin botanique riche de centaines d’espèces, qu’il ouvre au public en 1947 pour financer son entretien.
Après un divorce en 1956, il conserve l’atelier et perd la villa initiale. En 1962, il meurt à Paris et laisse derrière lui un jardin en ruine.
Yves Saint Laurent & Pierre Bergé (1980‑2008) : le sauvetage inspiré
Yves Saint Laurent et Pierre Bergé découvrent le domaine en 1966 puis l’achètent en 1980 en réponse à un projet immobilier menaçant. Ils restaurent l’atelier et le jardin botanique, aménagent la villa Bou Saf Saf (rebaptisée Villa Oasis) comme leur résidence. Après la mort d’YSL en 2008, ses cendres seront dispersées dans la roseraie de la Villa Oasis.
Fondations & accès public
En 2001, Yves Saint Laurent, Pierre Bergé et le paysagiste Madison Cox créent l’Association Jardin Majorelle, devenue Fondation Jardin Majorelle en 2011, reconnue d’utilité publique. Bien que la propriété juridique du domaine appartienne à la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, c’est la Fondation Jardin Majorelle qui en assure depuis le Maroc la gestion exclusive, la préservation et l’animation culturelle, notamment pour le jardin botanique, le musée berbère, la Villa Oasis et le musée Yves Saint Laurent Marrakech.
Structure actuelle du domaine et ouverture au public
| Espace | Fonction actuelle | Création / ouverture | Accès public |
|---|---|---|---|
| Atelier bleu → Musée berbère | Musée des arts berbères | Majorelle (1931), Musée en 2011 | Depuis 2011 |
| Jardin botanique Majorelle | Jardin public prestigieux | Majorelle ouvre en 1947 | Depuis 1947 |
| Villa Oasis (ex-Bou Saf Saf) | Résidence privée de YSL/Bergé | Majorelle (1923), sécurisée après 1980 | Partiellement ouverte à partir de 2025 |
| Jardin privé de la Villa Oasis | Jardin intime autour de bassins et verger | Majorelle, propriété privée | Partiellement accessible dès 2025 |
| Pavillon Temporaire | Espace d’exposition (Flore Majorelle) | Fondation (2025), architecte H. Bensalek | Depuis 2025 |
Ce que vous voyez lors de la visite ?
- Le Jardin Majorelle C’est le jardin principal. Créé par Majorelle comme un tableau vivant, il contient plus de 300 espèces botaniques : cactus, bambous, bougainvilliers. Le parcours est fortement surveillé. La foule y est quasi permanente.
- Le Musée Pierre Bergé des arts berbères Installé dans l’ancien atelier de peinture. ce musée présente des objets issus de la culture amazighe : textiles, bijoux, objets rituels, choisis par Bergé lui-même. Il met en valeur un patrimoine longtemps ignoré dans les circuits culturels marocains.
- Le Jardin privé de la Villa Oasis Resté privé durant un siècle, l’ancien jardin personnel, structuré autour de quatre bassins et d’un verger, a été ouvert au public en 2025.
- Le Pavillon Temporaire Inauguré en 2025, cette structure de 100 m² conçue par Hiba Bensalek accueil sa première exposition Flore Majorelle : 20 plantes emblématiques – analyse botanique par Dean G. Kelch, design graphique par Jaimal Odedra. Ce pavillon sera renouvelé tous les deux ans via concours.
Beauté visuelle et architecture orchestrée
Le Jardin Majorelle n’est pas seulement un jardin, mais un domaine bâti sur plusieurs strates historiques. Son parcours public est esthétiquement impressionnant, mais rigide. Le visiteur admire sans vraiment vivre la lenteur ou l’imprévu. Comprendre ses bâtiments, ses jardins et ses dates clés rend la visite plus riche et éclairée : entre Majorelle le peintre, YSL l’inspiré et la Fondation gardienne du patrimoine.









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